cheminee

D’un incipit de Paul Vialar « La Croule », Catherine

Il la prit par la main.Il faisait toujours ainsi lorsqu’il avait quelque chose à révéler ou à apprendre à sa petite fille…

Ils passèrent par la cuisine « corridor » où Marcelle, la plantureuse cuisinière, drapée de son tablier à carreaux, plumait les deux grives pour le soir.

Le couvercle de la soupe au chou tressautait, parfumant l’espace et embuait la fenêtre où Cathie aimait dessiner des coeurs sur la vitre humide !

Pépère avec son habituelle tenue, chemise de chasse, pantalon kaki sagement retenu par deux grosses bretelles, glissait sur d’épaisses chaussettes de laine, sans pantoufle.

Il ouvrit la porte de la souillarde. Derrière, la cheminée embrasait avec son fagot de sarments.

Sur la table, une grosse bécasse. A son bec, encore une goutte de sang.

« Viens ici, petite que je te raconte : j’ ai eu du mal à l’abattre. C’est un oiseau difficile à chasser. Wamba, le pointer me l’a levée !! !Il était superbe à l’arrêt, figé comme une statue, là, sans bouger, le nez en avant, la queue droite et la patte gauche en l’air….

Le temps a paru s’étirer…Puis j’ai entendu la croule et elle s’est envolée avec son gros « froufrou », zigzagant presque au bout de mon canon ! »

Cathie écoutait avec attention. Elle savait la passion de son grand père pour taquiner le brochet, pour la chasse avec ses chiens et pour s’enfoncer dans les bois de St Léger où une fois, elle l’avait accompagné aux champignons. N’y  avait-il pas aussi pendu par un crochet, un gros faisan qui attendait de « perler » pour le repas de Noël ?

Marcelle le ferait aux raisins, le ventre farci de foie gras… Comme à l’accoutumée… Un délice!

Et la bécasse ? Elle serait rôtie, à la broche ou alors en salmis pour les repas entre chasseurs qu’organisait « son Pépère » une fois l’an.

Cathie dressait le couvert : le service de porcelaine avec tous les animaux peints à la main, sanglier, lièvre, bécassine, lapin…. et surtout les porte couteaux blancs, symboles de chasse eux aussi : des chiens lévriers, qu’elle installait, galopant, à côté des assiettes…

Elle n’aurait pas le droit de partager ce repas destiné aux hommes et ponctué de récits colorés, racontant leurs exploits !

Elle serait avec Marcelle, à la cuisine, juchée sur les tabourets de formica jaune…

Mais elle savait qu’une part du festin lui était réservée !

 

Catherine

 

 

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